De Mayhem à DSBM : le contexte historique qui a placé le nihilisme au cœur du black metal
Dans les années 80, le black metal, porté par Bathory, Venom ou Hellhammer, se voulait d’abord subversif et blasphématoire, prenant pour cible prioritaire la religion chrétienne dominante. Mais l’explosion norvégienne, autour de 1991-1993, a tout bousculé : église incendiées, assassinats retentissants (l’affaire Euronymous/Varg Vikernes), une presse mainstream en émoi (cf. "Lords of Chaos", Vice, Metal Hammer). Les pionniers du "true Norwegian black metal" — Mayhem, Burzum, Darkthrone, Emperor — construisent alors une esthétique radicalisée.
- Dégoût des conventions : la nouvelle vague refuse le folklore, la virtuosité gratuite, la complaisance avec le marché musical. Leur esthétique sonore (grésillements lo-fi, voix écorchées, guitares antagonistes) s’accorde à une vision du monde désabusée : le black metal, c’est le cri d’une jeunesse mariée à l’absurde.
- Soupçons d’idéologies extrêmes : le nihilisme, refus de toute croyance et valeur, s’imbrique et remplace progressivement les courants satanistes purs des débuts (cf. Lords of Chaos, Vice 2016). Les paroles et visuels laissent tomber le folklore satanique pour une obsession de la vacuité et du non-sens.
Le contexte de la Norvège des années 90, société prospère, pacifiée mais jugée étouffante, accentue ce sentiment — une jeunesse privilégiée mais déconnectée d'un idéal ou d'une souffrance légitime, donc condamnée à contempler le néant.