Un son volontairement sale et froid : la production du black metal
L’un des moteurs majeurs de l’atmosphère black metal, c’est ce choix de la production dite lo-fi, en opposition frontale avec la recherche de pureté sonore des autres styles.
Les premiers albums de Darkthrone (« A Blaze in the Northern Sky », 1992), Mayhem (« De Mysteriis Dom Sathanas », 1994) ou Burzum (« Filosofem », 1996) adoptent une esthétique abrasive et dépouillée. Les batteries paraissent résonner dans un garage, les guitares saturées créent un mur sonore qui floute la mélodie. Varg Vikernes (Burzum) a raconté avoir volontairement connecté sa guitare à un ampli hifi au lieu d’un ampli de guitare lors de l’enregistrement (source : The Quietus) pour obtenir ce grain surnaturel, opaque, quasi spectral.
Ce son cru, parfois même qualifié d’« amateur », ne vise pas l’efficacité technique mais l’installation d’une « aura », d’une tension continue. Impossible de dissocier la célèbre photo de Varg Vikernes en hiver, de sa musique : tout concourt à créer une sensation de froid, d’isolement, de distance avec le réel.
- La batterie : souvent mixée en retrait, cassante et répétitive, elle crée une pulsation lancinante, presque hypnotique.
- La basse : fréquemment quasi-inaudible ou réduite à l’état de fond, renforçant la sensation d’étrangeté.
- Les guitares : leur saturation extrême, leur manque de clarté volontaire, contribue à une impression de brouillard auditif.
Ce choix de production, devenu marqueur du style, a inspiré même des groupes de black metal modernes qui pourraient s’offrir des studios haut de gamme, à continuer d’user d’effets vieillisants.
En 2008, l’album « Black Cascade » de Wolves in the Throne Room est enregistré sur bande analogique pour préserver cette rugosité dans le rendu (source : Pitchfork).