Dance Gavin Dance - Afterburner

Catégories : Chroniques
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Attaquons-nous au dernier album de Dance Gavin Dance, Afterburner, sorti en 2020. On ne présente plus tellement ce groupe sur la scène du Post-Hardcore : un EP, onze albums et huit versions instrumentales, autant dire que le groupe n'en est pas à son coup d'essai. Donc nous allons nous contenter de dire que c'est un groupe qui a sorti son premier EP en 2006 et dont le line-up est constitué de Tilian Pearson au chant clair, Jon Mess au scream, Will Swan à la guitare, Tim Feerick à la basse, et Matthew Mingus aux percussions. La pochette est un superbe Street Art réalisé par Duce One dont on peut admirer la réalisation en Stop Motion dans le clip du morceau Lyrics Lie. L'album est signé chez Rise Records, comme tous les précédents. 

Rentrons tout de suite dans le vif du sujet avec le principe des influences. L'essence même du Post-Hardcore se veut créative et inspirée des styles étrangers au Metal en général et Dance Gavin Dance nous fait une parfaite démonstration de ce que ça peut donner. On évolue dans une atmosphère enivrante, sereine et positive, décorée par une instrumentation très aboutie et un duo de voix très complémentaires. On ressent souvent un chant clair à la Bruno Mars, il suffit d'écouter Parody Catharsis ou Three Wishes pour s'en convaincre, ou encore une tessiture digne de la Pop latino sur Calentamiento Global, le morceau qui mélange les sonorité ibériques, la Pop music contemporaine et le bridges Punk à la The Offspring.

Ce qui doit, je pense, être mis en avant est la richesse du son. Les innombrables riffs disposés ça et là, sont tiré du Rock, du Psychédélique, du Punk, de la Funk, parfois même du Death... Et ça n'arrête jamais, même dans les passages habituellement plus calmes et épurés, Dance Gavin Dance trouve toujours le moyen de rajouter de part et d'autre ces petites fioritures qui donnent tellement de consistance à la musique. Le fait est que le groupe a toujours mis un point d'honneur à la qualité de la production, c'est surement pour cette raison qu'ils sortent quasi systématiquement une version instrumentale de leurs oeuvres. D’aucun trouveront l’album un peu niais peut-être avec ses sonorités très passe-partout et la voix très féminine de Tilian Pearson. Cependant, le parti pris du “tout publique” réussi quand même à me convaincre tant la recherche musicale est palpable si on la compare à celle de nombreux artistes Pop de ces dernières années. Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer tel ou tel style musical, mais il est vrai que j’apprécierais sûrement davantage les artistes populaires si les compositions étaient aussi riches que celles de Dance Gavin Dance. Bien sûr, tout est relatif, on est bien loin de la richesse d’un album d’Animal As Leaders ! Mais la dynamique n’est pas si éloignée de celle du Metal Progressif dans sa volonté de mélanger les styles ou de créer des changements d’ambiances. Je suis peut-être un tout petit peu déçu que le groupe n’ai pas poussé encore plus la complexité, car à la lumière de ce qu’ils ont déjà produit je suis intimement convaincu qu’ils en ont largement les capacités. Encore une fois, tous est une question de parti pris.

La musique, bien que plutôt positive dans sa sonorité globale, arbore des textes beaucoup moins optimistes. Le thème général tourne essentiellement autour de l’écologie, la cause animale et surtout le comportement narcissique et autodestructeur de l’être humain. Ce n’est bien sûr pas une surprise dans un style qui tire ses origines de la musique Punk. Le message est parfois un peu trop subliminal, le groupe faisant le choix de dire les choses à demi-mot, préférant le lyrisme de la suggestion à la véhémence des paroles crues. Néanmoins, le chant typique du screamo de Jon Mess est là pour nous rappeler que les textes possèdent une certaine agressivité, laquelle se libère par intermittence comme un soudain accès de rage. Le contraste est d’autant plus marqué que Tillian adopte souvent un chant très calme, presque romantique, même sur des phrases lourdes de dénonciations.

Bien que ce style soit un peu éloigné de ce que j’ai l’habitude d’écouter, j’ai été plutôt agréablement surpris du jeu des musiciens. Je prend pour exemple l’intro du premier morceau Prisonner, avec ce riff très saccadé avec une synchro guitare/batterie/basse qui donne cette petite touche Prog Funky. Et tout au long de l’album, les surprises continuent. Tantôt la batterie part explorer des beats très syncopés avec des petites fioritures au charley, tantôt la guitare quitte subitement sa rythmique pour poser une ligne d’arpèges et reprendre le riff à la mesure d’après. Rien de bien complexe me direz-vous, mais garder cet esprit de composition sur un album complet est ce qui fait, pour moi, l'aboutissement de l’oeuvre et peut donner un intérêt à cette musique Pop aux oreilles des auditeurs exigeants.


Dans l’univers du Metal, au sens large, le public est très hétéroclyte. Et étant, personnellement, davantage bercé par des styles bien plus violents, j’ai tout à fait conscience que beaucoup de gens détesteront cet album un peu trop proche de la Pop music. Cependant, allez l’écouter, peut-être vous surprendrez-vous, vous aussi, à écouter quelques chose d’un peu différent et que vous apprécierez autant que moi. De mon côté, il ne me reste plus qu’à espérer que pour leur prochain album, Dance Gavin Dance décide de se convertir au Progressif, je suis convaincu que le groupe aurait plein de choses intéressantes à y apporter.


Par Sirius - 04/07/2020

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