Fire Wheel - Ignited

Catégories : Chroniques
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Sorti en 2019, Ignited inaugure la carrière de Fire Wheel, avec un premier album plutôt hétéroclite. Fondé en 2015 par Olivier Marquant à la guitare et au chant ainsi que François Bodart à la batterie, rejoints par la suite par le bassiste Robin Leprêtre et le guitariste lead Victor Seys, Fire Wheel est un groupe plutôt complexe à cerner, mélangeant les influences Death Mélodique, Black Metal, Groove, Prog… Les membres se qualifient eux-même de groupe de Death Metal mélodique, même si cela ne reflète en réalité qu’une partie de leur travail. Ignited arbore une pochette réalisée par Léa Telliez-Hanquez et François Bodart qui pose tout de suite une ambiance Black Metal de manière assez évocatrice, mais le fond rouge laisse supposer une certaine violence plus que de la noirceur, ce qui est plutôt avisé au regard du contenu de l’album. Le groupe est assez jeune  par sa création relativement récente et l’âge de ses membres n'excédant pas 22 ans. Et justement, cet album transpire la jeunesse, par quelques petits défauts, c’est vrai, mais aussi et surtout par son aspect libre, créatif et passionné. Nouveaux venus sur la scène underground, voyons comment ils vont s’y prendre pour nous montrer qu’ils ne sont pas là pour rigoler.

Déjà, l’intro. Avec un titre tout à fait à propos ici, puisqu’il s’agit de Open Your Mind. Ouvrez-donc votre esprit à l’idée de ne pas parcourir un album linéaire qui suit les règles imposées par votre guide “Les différents styles de Metal pour les Nuls”. Cet album est un peu un bac à sable, dans lequel les musiciens partagent leurs idées et leurs influences respectives pour former une structure avec le tout, et ça fonctionne ! Pourquoi ne pas faire une intro avec un synthé des années 90 sur une ambiance de Black Metal Atmosphérique, puis enchaîner avec du Death Metal Mélodique ? D’ailleurs on garde le chant du Death Metal mais on rajoute quand même la guitare en trémolo du Black de temps en temps. Cette dynamique est présente tout au long de l’album et c’est vraiment, à mon sens, le gros point fort l’œuvre.

En matière de composition, dans l’ensemble, on reste sur des choses assez simples et efficaces. Les riffs sont clairement identifiables et donnent parfois, une petite sonorité Hardcore. Le jeu de batterie prend le parti de laisser de côté un maximum le blastbeat pour permettre aux autres musiciens de s’imposer et de laisser les morceaux respirer. Les solos de guitare sont peu nombreux avec des limites techniques et de rares coquilles mais se contentent de faire leur boulot correctement, sans prétention et avec une bonne construction. L’atmosphère générale de l’album reste quand même assez sombre avec un Growl gras et puissant, une absence quasi totale d’accords majeurs, une batterie lourde et lente ainsi qu’une basse qui suit le plus souvent la guitare. C’est d’ailleurs cette basse qui vient casser un peu le côté nu du Black pour remplir davantage le spectre audible et apporter plus de corps et de profondeur aux morceaux. On note aussi quelques passages un peu plus groovy comme le bridge de Heaven, avec ce riff qui vient en décalage de la batterie, ce qui crée une tension agréable dans le morceau. Cette composition exploratrice se ressent notamment beaucoup sur les titres plus long comme Night of the Dark Thoughts, qui vient nous prouver que le groupe peut même s’essayer à composer du Prog. Une influence que l’on peut facilement identifier ici avec des riffs plus changeants, des variations de tempos, même un changement de signature rythmique avec un petit passage en 5/4 pour venir nous surprendre, le tout sur un morceau de 8 minutes 30. A noter que c’est le chanteur Uncle Peter qui vient poser sa voix sur ce morceau.

Sur les parties où la mentalité Death Metal vient enrober cet opus, elle agit alors comme un exutoire émotionnel. Ce genre de musique qu’on écoute à fond quand on n’a pas envie de discuter avec qui que ce soit et qu’on veut rester seul, tranquille, à écouter du lourd. L’album présente quelques petites éraflures de production, des coupures de son un peu brutales, des instruments parfois un peu lointains mais, dans l’ensemble, il reste tout à fait correct. Le son est bon, les musiciens sont tous là, la qualité d’écoute, surtout sur les passages avec la guitare seule, est vraiment au rendez-vous. On sent bien une mentalité du style : “On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, et on le fait bien”. En effet, c’est une œuvre autoproduite par un groupe de jeunes adultes, avec l’aide d’un crowdfunding et je pense que ceux qui ont cru en eux n’ont vraiment pas été déçus.

Concernant les textes, une fois encore, les membres exposent leur créativité au grand jour, avec des textes matures et poignants, traitants de sujets très sombres et variés. Je prend en exemple une phrase que j’aime beaucoup : “Little Boy and Fatman, making their way to the field”, dans le morceau Passing Rain, Little Boy et Fatman étant les noms de code donnés aux deux bombes A ayant respectivement frappé Hiroshima et Nagasaki. On entend l’appel à l’aide morbide d’un tétraplégique dans le morceau Laying on a bed, on parle de l’état actuel du monde avec une vision dystopique dans The World is Rotting Inside, ou encore de la mauvaise influence de la religion dans Heaven, avec une certaine véhémence : “Burn the priest in heaven’s flame”. Bien sûr, ces sujets sont loin d’être inhabituels dans le milieu du Death ou du Black, mais encore une fois, la dynamique des musiciens dans cet album semble être de se faire plaisir en jouant et en écrivant des choses qui leur parlent, sans se soucier des codes ou de ce qui a déjà été fait ou non.

Probablement influencé par Opeth dans Dark Night of Thoughts et Agony ou par des groupes comme Lamb of God dans certains riffs incisifs de l’album, le groupe nous fait naviguer entre différentes ambiances instrumentales. La plus intrigante de ces ambiances a sûrement été pour moi celle d’Agony. Me voilà projeté 10 ans plus tôt, allongé sur un matelas posé au sol, dans une petite pièce qui sent la sueur et le tabac. Il est 2h00 du matin, mes potes zicos ont sorti leurs instruments et commencent à nous jouer le best of de leurs meilleures compos, on n’entend plus rien à part la musique hypnotisant les 15 personnes entassées dans ce 20m². Voilà où je me suis retrouvé en écoutant Agony, et ce que j’y ai trouvé ? Le naturel, la simplicité et l’authenticité d’un groupe de potes qui font de la musique dans leur chambre.

Pour conclure, je dirais que cet album, tout comme ce groupe, ont quelques petites lacunes sur certains point, mais je suis convaincu qu’avec un soupçon de technique en plus et une prod’ un tout petit peu plus travaillée, le prochain album sera excellent. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à l’écouter et à voyager entre tout ce que ces musiciens avaient à raconter. J’ai ressenti un esprit de jeu et de composition d’une fraîcheur et d’une authenticité incroyables, et à partir de là le reste peut même paraître un peu superflu. J’espère vraiment voir Fire Wheel s’émanciper encore davantage, augmenter encore plus la variété de ses influences et poursuivre son projet pour peut-être, un jour, rentrer dans la cour des grands !


Par Sirius - 30/05/2020

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