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Interview - Deathcode Society - Interviews

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Nous avons pu interviewer le chanteur Arnhwald du groupe Deathcode Society:

Sur facebook, vous dites que votre style est de l’Apocalypse Metal d’où vous est venu l’idée de vous qualifier comme ça ?

Arnhwald : En toute honnêteté, mi d’une blague, mi d’une intuition. Tout d’abord, il ne me semblait pas tout à fait pertinent d’affilier le groupe à un mouvement artistique aussi codé que le black metal, du moins dans l’acception la plus classique du terme – du black metal. Il y en a dans notre musique, et même plutôt beaucoup, il est inutile de le nier, mais ce que nous en faisons dépasse un peu le cadre. Ensuite, quand nous avons formé le groupe, le but était un peu de créer un truc « larger than life », quelque chose d’exaltant, qui donne le sentiment à l’auditeur d’assister à quelque chose d’aussi terrible que grandiose. Sans faire le schtroumpf à lunettes, le terme « apocalypse » signifie étymologiquement « révélation », mais est aujourd’hui couramment associé à l’idée de fin du monde ou de Parousie. Comme un gigantesque flash de lumière. Quand nous avons commencé à écrire « Eschatonizer », l’idée maîtresse était en somme de donner à chaque auditeur le sentiment qu’il faisait péter une bombe nucléaire dans son salon. Rien d’original à cette démarche, il me semble que cette décharge d’énergie pure est ce que cherche tout artiste un brin expressionniste. Au début du siècle, mais là on parle de grande musique, Scriabine avait déjà imaginé écrire une pièce dont l’exécution provoquerait la fin des temps...
Je ne cache pas qu’il y ait également une sorte d’espièglerie à trouver, dans le fatras des appellations générique déjà bien fourni en substantifs ronflants, un intitulé encore plus prétentieux et pompier que les autres. Nous essayons, curieusement, de cultiver un certain sens de la dérision, dont le metal extrême tend à manquer un petit peu...


Peux-tu me parler des processus d’écriture du premier album ?

Arnhwald : Je suis responsable de l’écriture de tous les morceaux. Cela va des riffs, des parties de basse, aux arrangements, aux orchestrations, aux paroles. Tout. Alors évidemment, les musiciens ont aussi leur mot à dire et leurs suggestions, toujours nombreuses et de bon goût, sont les bienvenues. L’écriture a été très longue et difficile puisqu’il s’agissait en gros de payer nos dettes vis à vis de nos influences, dont nous n’avons jamais fait mystère, tout en essayant d’approfondir un peu le propos en transposant, quand c’était possible, l’héritage de la musique instrumentale du XIXè-début XXè. On ne s’est rien refusé, et quand les moyens financiers étaient insuffisants, nous avons rusé, par exemple pour cette longue séquence chorale qui orne « NooS » et qui fut écrite (presque) dans les règles de l’art, avec une partie soprane, une partie mezzo/ténor, une partie baryton et une basse.
A vrai dire, le processus d’écriture fut extrêmement instructif, puisqu’en parallèle, j’ai mené des recherches, je me suis un peu mis à jour dans le domaine de la théorie musicale, et j’ai découvert des dizaines d’oeuvres du répertoire, et pas mal de pièces peu jouées et quasi inconnues, etc. Je ne conçois pas de composer un disque sans que ce disque me change et m’apprenne des choses que j’ignorais avant d’en avoir entamé la genèse.
« Eschatonizer », c’est un peu l’histoire du voisin bargeot qui décide de construire une cathédrale gothique en regardant comment on fait dans un bouquin, et avec uniquement des matériaux de récup et des bouses de vache.

Quelle est la différence avec le prochain ?

Arnhwald : Je pense que le prochain sera plus contrasté, et l’écriture sera peut-être encore plus fine. Il y a des riffs là-dedans, c’est de la jolie dentelle. On travaille aussi des passages plus atmosphériques, plus oniriques, sans pour autant que ce soit, comme sur le premier, sous la forme d’intermèdes instrumentaux classiques ou un peu électro. Nous n’aimons pas nous répéter. Tous les ingrédients du premier album sont bien là, mais assortis un peu différemment. Pour le coup, je ressens pas mal de pression mais en quelque sorte l’écriture me paraît plus libre. On verra, il reste encore beaucoup de travail.
La différence la plus fondamentale réside dans l’ordre dans lequel les choses se font. Sur « Eschatonizer », la musique était là d’abord, les textes sont venus ensuite. Là, c’est l’inverse. Nous avons pris le parti un peu fou d’adapter des poèmes du début du XXè siècle, voire, pour ce qui est du domaine anglo-saxon, d’un contemporain immédiat, Andrew Joron, qui nous a très gentiment autorisé à utiliser l’une de ses œuvres. La contrainte est donc différente : la musique doit servir d’écrin au texte.

Pourquoi cette décision de se baser sur des textes déjà écrits et surtout de cette période ?

Arnhwald : Par paresse, parce qu’écrire des paroles m’a toujours ennuyé ! C’est à moitié vrai – il se trouve que j’ai écrit avec un ami un texte dont je ne suis pas peu fier et qui aura la lourde tâche de faire bonne figure dans une galerie de génies.
Plusieurs raisons autres que la flemme : la musique underground est libre, absolument libre, et nous pouvons à ce titre nous faire plaisir en servant à notre manière des textes littéraires somptueux qui, eux aussi, se définissent dans un rapport complexe à la tradition, entre révérence et désir d’émancipation. La plupart des groupes de metal s’arrêtent à Baudelaire ou, pour les plus audacieux, à Lautréamont ; ça fait chic et cultivé, mais dans le fond c’est devenu un cliché assez souffreteux. Toute cette poésie « décadente » et « fin de siècle » ne sonne pas la fin de toute littérature : elle a des héritiers, des continuateurs, des explorateurs qu’il serait tout de même un peu stupide d’oublier. Mais qui aujourd’hui connaît René Daumal ? Jean-Pierre Duprey ? La poésie française de la première moitié du XXè siècle est sublime. Je trouve dans ces textes des choses qui me parlent et qui correspondent à ce que j’aimerais que la musique de notre groupe exprime – et peut-être même cette musique, j’ose avoir la prétention de le croire, pourrait constituer un support adéquat de déclamation. Quand Daumal écrit « le Contre-Ciel », il ne définit pas sa poésie comme un chant, mais comme un « cri ». Quoi de mieux, alors, que de gueuler ces textes pour leur rendre leur sonorité première ?

Quels groupes t’ont amenés au métal ?

Arnhwald : Deathcode Society est un nouveau-venu, mais j’ai un peu roulé ma bosse et ai commencé à écouter du métal au tout début des années 90. Etrangement, je n’ai pas écouté de metal via ce que diffusaient la radio et les rares émissions de télé qui, de ci de là, mettaient un clip de Maiden ou de Metallica quand par bonheur ils vendaient plus de disques que les autres. Un ami, un jour, m’a filé plusieurs cassettes : il y avait du hard FM du genre le « crazy world » de Scorpions, et puis quelques albums de Maiden. J’ai immédiatement adoré. Quelques mois plus tard, j’ai commencé à prendre des cours de guitare, et même à composer des embryons de morceaux.
Les groupes heavy traditionnels m’ont inoculé la passion du metal, au point que je ne me rappelle pas avoir désiré quoi que ce soit au monde autant que de monter un groupe. Les groupes que j’ai cité, beaucoup de groupes allemands aussi, Helloween, Accept, Running Wild. Le thrash, à fond. Le death metal, par contre, ça ne m’a jamais beaucoup parlé. Je me suis intéressé aux musiques extrêmes vers 1996, avec les groupes de black metal scandinaves. Le death, je trouvais ça – à l’époque - un peu grossier. Ces grosses voix de dogues, ces sons de guitare hyper lourds, ces syncopes … à part Death, peut-être, que je trouvais plus « poétique » que les autres. Ca m’intriguait mais sans me passionner. Le black metal a su me conquérir par tout autre chose que sa musique : son image et son discours. Oui, j’ai été sensible à la surface. Quand j’ai commencé à découvrir la musique, j’ai été, au début, amèrement déçu : je trouvais cela primitif, mal produit, mal joué : les prétentions discursives pesaient peu face à la médiocrité de ce qui m’apparaissait comme un énième mouvement punk, en plus crade. Et puis des choses sont sorties, qui m’ont vraiment secoué. « In the Nightside Eclipse » d’Emperor, où là on sentait qu’il y avait une vraie vision artistique, forte, saisissante, qui exilait même le blabla pseudo mystico-rebelle au second plan. « De Mysteriis » de Mayhem. L’unique album de Kvist. Dissection, Dark Funeral. Il se dégageait de ces disque comme une ferveur dont chaque accord, chaque riff témoignait. Et même si l’on peut comparer techniquement les vocalistes de BM à leurs aînés death metalleux, à mon oreille ils étaient infiniment plus intéressants parce que plus expressifs. Ce qui me paraissait un artifice esthétique douteux était ici indispensable : il fallait chanter tout cela en hurlant comme un possédé. Les musiques dites « extrêmes », au fond, m’avaient toujours semblé jusque là entachées de je ne sais quelle insincérité. Avec le BM scandinave, j’ai eu l’impression de découvrir quelque chose d’authentique et de très puissant. A notre manière, nous tentons de faire vivre cet héritage.

Au départ vous ne comptiez pas faire de scène, comment avez-vous abordé cette étape ?

Arnhwald : Nous pensions que l’exécution de nos morceaux en live nécessitaient un bon niveau pour chacun des musiciens et des moyens techniques un peu pesants.
Nous avons tout simplement tenté notre chance en essayant de mettre cela en place au cours d’une résidence de quelques jours, dans une salle de concert, avec un technicien.
Et cela a fonctionné, à notre grande surprise.

Comment s’est déroulé le Hellfest, aviez-vous des attentes ?

Arnhwald : La seule attente que l’on puisse avoir lorsque l’on a la chance de participer à un festival de cette envergure, c’est que le concert se passe bien. Et il s’est très bien passé pour nous : il y avait du monde, la Temple Stage était bondée, sur le plan technique tout s’est déroulé à merveille, comme dans un rêve. Nous sommes ravis.

Que pense tu des concerts organisés localement ?

Arnhwald : Il est sans doute important que des concerts soient organisés localement, mais en toute honnêteté, c’est devenu extrêmement difficile pour les groupes comme pour les organisateurs. Je pense qu’à l’avenir les gens ne se déplaceront plus aux « petits concerts ». Le public vient rarement pour écouter des groupes émergents. Il va là où il a ses habitudes, et quand il les change, c’est parce qu’il est certain d’avoir de la musique et davantage encore. On reproche quelquefois aux festivals de se « dysneylandiser », mais c’est exactement ce que recherchent les gens : un cadre particulier et magique qui, l’espace de quelques heures ou jours, les sort de leur quotidien. A nous de nous adapter.

Par Isabelle - 25/09/2017
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