Botanist - Ecosystem

Catégories : Chroniques
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On ne le répétera jamais assez, Botanist dénote dans la sphère Black Metal. Avec comme seul concept la pensée folle d’un botaniste reclus qui crée une armée de plantes en attendant que l’humanité et ses horreurs s’éteignent, le concept du groupe est bien éloigné des « Blood ! Fire ! Death ! » - mais pas moins misanthrope. Et pour couronner le tout, pas question de faire des riffs de guitare saturée : les seuls instruments autorisés sont la doulcemelle martelée, l’harmonium, la batterie et un peu de basse. Avec Ecosystem sorti ce mois-ci, le groupe rend hommage aux forêts de bois rouges sur la côte Ouest des USA et questionne l’humanité quant à savoir si elle est elle-même un écosystème ou non.

 
La doulcemelle légère débute Biomass comme une petite gamme et l’harmonium se pose par-dessus ainsi qu’une batterie au rythme chaotique. Et dès ce premier morceau, un chant Black aigu et rauque perce nos tympans de son grain dysharmonique. Si l’harmonium donne une impression de bourdonnement et que la mélodie est virevoltante, le chant dissone et corrode ce havre de vie. Entre deux passages de Black se découvrent quelques chœurs en fond qui imprègnent le chant de cet aspect cultuel inhérent au projet Botanist. Bien que plus sveltes que le chant hurlé, les chœurs laissent eux-mêmes place à un pont musical léger puisqu’instrumental, composé des deux principaux protagonistes de l’album que sont la doulcemelle et la batterie. Quelques chants font récidive et sonnent à nouveau, le mélange entre les mélodies et les chants cultuels sonne alors comme un assemblage psychédélique des années 70.
Alluvial commence avec une introduction similaire mais celle-ci prend plus de temps et construit un crescendo en deux-croches pour aboutir paradoxalement sur un passage ternaire proche d’une valse. Mais bien évidemment, les chants sont tout autres qu’à Vienne et le tempo lent se prête plus à la rêverie contemplative qu’à la danse tourbillonnante. La construction élégante se corrompt avec l’arrivée du chant Black qui transporte avec lui les tritons si caractéristiques du genre. La batterie de Daturus se fait alors plus virulente avec de la double-pédale appuyée et quasiment seule sur de longues plages tenues. De cette soupe bouillonnante ne se distinguent qu’à peine les quelques passages répétés qui bouclent et reviennent en se mêlant peu à peu de chœurs qui vont appuyer la dimension hypnotisante des cycles. C’est dans cette transe contrastée, entre l’agréable des instruments et le repoussant du chant, que la mélodie se détache et que la doulcemelle finit le morceau en soliste.
Pour Harvestman, le ton lugubre est donné dès les premières notes avec l’harmonium inquiétant et la basse bien appuyée. Le chant guttural et les blastbeats confirment que les faucheurs du titre sont les myrmidons d’un Botanist remonté. Néanmoins, le morceau est prenant puisqu’assez fourni tout en étant plutôt carré et cela s’accentue à la fin de la première partie où la musique ralentit sévèrement, ce qui nous permet d’apprécier un pattern rythmique plus clair. On perçoit alors que toute la musique repose sur des demi-tons, ce qui donne une impression dérangeante que la musique est sans cesse altérée. Le chant d’Otremor se fait plus audible quant à lui en alternant entre son chant Black aigu et un growl Death grave qui accentue bien ses paroles.
Pour le Sphagnum, la mousse des tourbières, Botanist semble rendre hommage à cette plante avec un début quasi liturgique. Si la batterie joue sur les toms et que la double-pédale martèle la composition, la répétition de ce passage et la monotonie de celui-ci renforcent ce ressenti. Une fois le crescendo en growl passé, on découvre un passage plus nuancé avec des temps forts où la doulcemelle prévoit puis accentue les paroles hurlées. L’alternance entre les chants Black et Death ajoute de la diversité dans les mélodies puisque ceux-ci étaient auparavant séparés. Paradoxalement, les blastbeats ne seront pas dans ce passage Black mais dans l’acte suivant et définitif avec des chœurs qui tiennent, liturgie oblige, leur dernière note en point d’orgue.
Disturbance porte bien son nom puisqu’on a une mesure asymétrique en 7/8 dès le début. Il nous aura cependant fallu attendre le cinquième morceau alors qu’on trouvait beaucoup de structures du genre dans VI: Flora. L’impression que les accents se décalent dérobent la mélodie sous nos pieds et cette gêne se marie bien au chant d’Otrebor. Son chant Black sera justement mis en avant, la mélodie et le rythme étant réduits au minimum dans ce court morceau de 2:30.
Bien plus long au contraire, Acclimation commence par quelques notes éparses d’une doulcemelle qui semble s’accorder en les ralentissant toujours plus. Soudain, c’est l’explosion avec tous les instruments qui jouent en double-croches. Dans cette lancée, les ras de sept à la batterie s’ancrent dans la signature ternaire du morceau et accentuent les syllabes chantées. Une fois ce passage dense passé, on découvre à notre plus grande surprise un moment très léger avec une batterie en composition jazzy, ce qui est confirmé par la grande place qui est laissée à la basse. A la troisième minute, tout s’arrête pour ne plus laisser que la doulcemelle et un mélange grumeleux de chants puis Acclimation reprend son organisation pondéreuse du début en l’inversant. Cependant, cette fois-ci, les paroles ne sont hurlées mais légèrement chuchotées.
Étonnant nom qu’Abiotic, sans vie, dans un album de Botanist. Sans doute est-ce pour critiquer la destruction de la Red Forest, comme les souches que l’on trouve sur la pochette. Quoi qu’il en soit, ce vide se ressent dans l’introduction en blanches, puis en croches qui s’agrémentent et tissent méticuleusement une mélodie. Le chant clair se joint à la mélodie puis c’est à la batterie et ses toms d’entrer dans la danse. Sur les quatre minutes qui composent ce morceau, l’entièreté est dédiée à l’extase d’imaginer une terre sans conséquences de la vie humaine sur l’environnement. C’est donc un morceau contemplatif et poétique qui est très lent et le seul de l’album uniquement en chant clair, ce qui surprend à quelques minutes d’Ecosystem.
Red Crown clôt l’album qui lui est dédié avec un style que l’on connaît bien : un Botanist à la mélodie galopante et entraînante. Le tempo est plutôt rapide sans être intenable et met bien en valeur la force tant mélodique que rythmique de la doulcemelle. Si celui-ci subit quelques ralentissements, ce n’est que pour alléger la composition et laisser de l’espace sonore aux voix. Il y aura alors plusieurs passages aérés voire déliés jusqu’à la quatrième minute où il n’y a plus que des temps forts, doulcemelle et cymbales à l’unisson réduisant leurs périodes jusqu’à repartir de plus en plus rapidement jusqu’à reprendre le thème du début. L’énergie repart alors dans un dernier soubresaut pour ne s’achever que sur un bourdon à l’harmonium qui laisse la voix répéter cette incantation : « With balance ruling Red Crown ecosystem ».

 
Lancé en l’air comme un état mythique à retrouver, l’équilibre de la Red Crown périclite comme beaucoup d’autres et Ecosystem aura au moins su lui rendre hommage et l’immortaliser. Mais ce n’est pas la seule force de cet album qui sort de la discographie du groupe avec une batterie et un chant bien plus agressifs – peut-être trop à mon goût, car la mélodie s’y brouille et on ne retrouve plus tant l’atmosphère frénétique et chargée de doulcemelle des albums précédents qui me plaisait tant. Car s’il est vrai que la mélodie est bizarre et peut déplaire aux puristes, l’introduction d’instruments atypiques dans le Black Metal est une vraie réussite avec Botanist puisque la doulcemelle est en elle-même un instrument très rythmique et que le son métallique de l’harmonium se prête très bien à la saturation inhérente au genre. Botanist renouvelle donc son expérience avec un album qui se tourne vers les amateurs de sons agressifs sans pour autant perdre son identité et faire un Black Metal classique et rentre-dedans – loin de là.


Par Baptiste - 21/11/2019

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