Flying Colors - Third Degree

Catégories : Chroniques
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Third Degree ou la fin d’une ère ?

Le 4 octobre sortira, chez Mascot Label Group, le nouvel album du supergroupe Flying Colors. Après un premier album très prometteur, puis un successeur plus abouti mais un peu moins original, on avait hâte de découvrir le troisième opus du quintet américain. De plus, ce dernier reprend exactement la même composition que Second Nature : 9 titres pour une durée identique de 01:06:28. Ce qui peut forcément plaire pour un album de progressif. Lançons nous donc sans plus tarder sur la découverte de ses fameux morceaux.



L’album commence avec The Loss Inside. Le groupe a pour une fois décidé de commencer leur album avec le morceau possédant l’intro la plus dynamique ! Ce dernier file en nous faisant découvrir une musique plus lourde. Steve Morse, le guitariste, s’essaye dans un registre plus rentre-dedans, le bassiste Dave Larue nous impressionne par des sonorités jazz et Neal Morse nous délivre un solo d’orgue d’une excellente pertinence, bien que court. Tout semble ainsi s’emboîter parfaitement, ce qui nous donne un morceau très efficace mais pas forcément très original. Il est vrai qu’on est loin des premières musiques très aériennes des précédents albums. Mais où donc le groupe va-t-il nous emmener ?

S’ensuit donc More ! Le premier single sorti où l’on pouvait voir le groupe s’amuser avec de la peinture phosphorescente. On y découvre une musique assez simple mais assez novatrice par rapport à la discographie du groupe. Bien que le riff de guitare soit assez fade, on remarque de belles initiatives pour les ponts ou les interludes qui sonneront plus épiques et intéressants. Le groupe ose ainsi prendre une nouvelle direction musicale avec certains chœurs à la Muse et des ambiances très Rock. Un single un peu fragile mais révélateur du chemin que prendra le groupe par la suite.

Pour Cadence, on retrouve le son que l’on avait l’habitude d’entendre: une guitare aérienne, des claviers discrets mais apportant de la chaleur au morceau, quelques orchestrations disséminés ici et là et un chant envoûtant de la part de Casey McPherson qui nous transporte véritablement sur les refrains. Il est vrai qu’il est étrange d’enchaîner avec un tel morceau mais sa présence est la bienvenue ! Les mélodies sont plus charmeuses et beaucoup plus lumineuses !

L’heure est à la nostalgie avec Guardian qui pourra nous rappeler Blue Ocean, titre du premier album, où Neal Morse demandait au groupe de rejouer le morceau une nouvelle fois. Cette fois-ci, il semblerait que Portnoy discute avec Neal Morse avant l’arrivée des instruments sur sa partie batterie. Est-ce que cela devait être le premier morceau du nouvel album et ainsi faire un petit clin d'œil à leur premier disque ? Bonne question. En tout cas on est dans la même lancée qu’avec Cadence même si le morceau sonne plus Pop Rock que son prédécesseur, le résultat est au rendez-vous.

L’épique commence avec leur premier titre au-dessus des 10 minutes, j’ai nommé Last Train Home ! Et comme tout bon morceau de Prog, ce dernier se décompose en plusieurs parties ; le découpage qui suivra est purement officieux. La première se voudra très envoûtante avec un Casey McPherson omniprésent; même si l’on peut entendre quelques fois des chœurs, comme sur le refrain, ils laisseront toujours Casey au premier plan. La seconde partie commencera après un break de batterie pour enchaîner sur un dialogue entre claviers et guitares avant d’être clos par une guitare acoustique et la voix de Neal Morse seule. Et il est vrai que ce genre de passage sonne typiquement Neal Morse et nous annonce une partie originale ! A vous de voir ce surprenant petit interlude mêlant a cappella, percussions, basse et guitares… Cette seconde partie se conclura par le retour de Casey au chant qui nous emmènera jusqu’au bout de cet arc final avec, cette fois-ci, des chœurs bien plus présents ! Sans doute un des plus beaux morceaux de cet album !

S’ensuivra la perle Geronimo, avec son riff de basse slappée très funky. Certaines parties sonneront même très Pink Floyd sur la manière de finir certaines mesures. En tout cas le groupe n’a même pas eu le temps de nous faire pleinement prendre conscience de l’ambiance du morceau, que le refrain nous surprend avec ses airs très marqués par la grandiloquence de la Pop et ses fameuses onomatopées. Et il vrai que le sentiment général qui en ressort est que le morceau file à toute allure et fourmille d’idées. Ce qui nous laisse une bonne impression de morceau parfait et optimisé ! Ce qui nous permet de continuer sur cette lancée épique initiée par Last Train Home. En tout cas, Geronimo est pour moi le titre le plus magique de cet album. Ses airs Pop dansant et joyeux se marient à la perfection avec la funk et l’esprit Pink Floyd insufflé dans le morceau.

La ballade You Are Not Alone inspirée des élans de solidarité suivant les différents ouragans et tornades qui ont pu toucher les Etats-Unis nous permet de continuer notre voyage. Bien que touchante et assez émouvante, je trouve qu’elle brise un peu le rythme adopté par les précédentes ce qui nous empêche de réellement l’apprécier. Même si quelque part ça ne peut que la rendre plus visible que de la mettre entre deux morceaux aussi différents car avec Love Letter, le groupe assume complètement son amour pour la Pop ! Ce qui pourra nous déstabiliser un brin quand même.

Et Love Letter n'est malheureusement pas si original que ça, même s’il peut parfois rappeler les morceaux d’Alpha Rev, le groupe où Casey McPherson est le frontman. On peut néanmoins souligner le nombre assez imposants des différentes pistes vocales où le groupe a su beaucoup travailler l’harmonie ; écouter ce morceau avec un casque est vivement conseillé ! Mais bon, son côté déjà-vu rend le morceau bien moins impressionnant qu’il ne devrait être…

L’album se termine par le second morceau excédant les 10 minutes, j’ai nommé Crawl.
A cause de ma perte d’engouement vers la fin de l’album, je n’ai jamais eu la chance de me souvenir avec clarté de ce morceau. Pas qu’il soit un morceau à rabais, mais je n’ai jamais réussi à me maintenir parfaitement concentré jusqu'au bout pour pouvoir l’apprécier à sa juste valeur. Il faut dire aussi qu’il n’est pas aussi remarquable que son homologue Last Train Home.



Flying Colors sort, incontestablement, de sa zone de confort avec un album plus axé Rock que Rock Progressif, mais est-ce que le résultat est au rendez-vous ?
Eh bien, il semblerait que le résultat soit un brin mitigé. Certes, le combo nous montre une nouvelle facette de lui-même, mais il semble avoir perdu son grain de folie et de magie qui régnait sur l’éponyme (2012) ainsi que sur une grande partie de Second Nature (2014) . Les morceaux sonnent aussi moins aériens et inspirés. Néanmoins, ce fait est plus dû au nouveau tournant musical pris par le groupe, très bien illustré par le single More, que réellement leur talent de composition.
Mais j’aimerai relever aussi un petit bémol qui me chagrine depuis quelques années.
En 2014, Transatlantic, supergroupe composé de Roine Stolt, Neal Morse, Mike Portnoy et Pete Trewavas, sort leur quatrième album mais premier album composé par l’ensemble du groupe : Kaleidoscope ! Il en ressort une qualité de mix et d’arrangements exceptionnels et plus percutants que d’habitude mais on sent une perte d’originalité et d’une sensation particulière qui était propre à chaque album de Neal Morse, compositeur majeur des précédents albums.
En 2015, The Neal Morse Band, créé avec les musiciens vus lors de la tournée Momentum, sort The Grand Experiment Neal Morse abandonne clairement le monopole de la composition. Le résultat est intéressant et le disque se démarque vite de sa discographie. Puis, sortiront les doubles albums The Similitude of a Dream en 2016 et The Great Adventure en 2019.
Là encore, on peut être véritablement impressionné par le mix et la qualité des arrangements. Mais quelque chose de perturbant subsiste encore.
Sortira ensuite le Rock Opera basé sur la vie de Jesus : Jesus - The Exorcist ! Un album finit initialement entre 2008 et 2009 qui ressortira après plusieurs retouches en 2019. Et là encore, un étrange sentiment est toujours présent.
Mais ce n’est que maintenant avec la sortie de Third Degree que je voie enfin ce que je cherchais à découvrir depuis tout ce temps : Neal Morse a perdu sa magie !
Son sens de la nouveauté et de l’expérimentation délivrant des albums inspirants a été remplacé par des albums, certes plus grandiloquents, mais inspirés par le passé …
L’époque où Neal Morse innovait et inspirait d’autres groupes se finit, aujourd’hui on rentre plus dans le clin d’oeil ou le déjà-vu. On est malheureusement peu souvent surpris par les mélodies ou par la particularité de la musique, on se dit de suite qu’on a déjà entendu ça quelque part.
Et je trouve ça très frustrant de ne plus trouver ce brin de magie et d’exclusivité dans les derniers albums de Neal Morse.
Après les albums sont toujours loin d’être mauvais ! Mais on est passé d’albums transcendants à des albums magnifiques mais qui peuvent passer pour fades quand on regarde en arrière…
Après, Neal Morse m’a tellement fait rêver pendant des années qu’il est normal d’en vouloir des albums toujours plus majestueux et innovants.
Mais je pense qu’avec autant de projets musicaux aussi prolifiques, il est normal de paraître moins original ou splendide qu’à l’accoutumée. A voir donc ce que va donner le nouvel album de Transatlantic qui semble se profiler... Tout ça pour dire que je subis une perte d’engouement envers sa musique et que cela me rend triste et nostalgique. Car après tout je me retrouve pas dans ces nouvelles sonorités Pop Rock ou Rock qui semblent de plus en plus habiter la musique de Neal Morse.


Bref, Third Degree n’est peut-être pas destiné aux fans inconditionnels de Neal Morse mais à ceux qui furent enchantés par les derniers The Neal Morse Band ou qui ont envie de découvrir, ou de redécouvrir sous un autre jour, Flying Colors. En effet, cet album est tellement différent des précédents opus qu’il n’est pas sûr de vous ravir même si vous êtes fan du groupe. Et il faut bien avouer que les morceaux sont très inégaux : certains paraissent trop courts, d’autres trop longs, certains semblent être une ode à l’originalité, d’autres au déjà-vu... Après, le meilleur moyen de le savoir est de se lancer ! Peut-être que l’album vous ira comme un gant et que ma gêne ne vous apparaîtra pas.
C’est tout ce que je vous souhaite car la musique de Neal Morse est quand même quelque chose dont il est dur de passer à côté !

Certes, la première écoute fut pour moi plus difficile que pour les deux précédents opus mais à force d’écoute, elle en est de plus en plus aisée, ce qui est malheureusement de plus en plus le cas, pour moi, avec les nouveaux albums de Neal Morse
Third Degree est certes plus inventif que les précédents quand on voit les interactions entre les différents instruments et les voix, on sent que le groupe a bien peaufiné les arrangements, mais le résultat n’est pour moi pas à la hauteur des attentes qu’on pourrait avoir d’un aussi bon groupe. D’ailleurs, il est quand même assez intrigant de voir autant de groupes classés dans le Progressif se lancer de plus en plus dans des sons Pop… Est-ce la malédiction Genesis ?



En espérant de ne pas avoir été trop un rabat-joie,

Musicalement,


G.

Par Gauvain - 25/09/2019

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