Victims - The Horse and Sparrow Theory

Catégories : Chroniques
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« Si on engraisse le cheval, il laissera peut-être quelques miettes au moineau. » Cette théorie, ancêtre de celle du ruissellement, est celle qui donne son titre à The Horse and Sparrow Theory. Et pour quiconque connaît les Suédois, la critique est évidente : le moineau ne pourra s’engraisser qu’en mangeant les détritus du cheval. C’est mobilisé par la critique de la modernité, du néolibéralisme et du capitalisme que Victims déploie son Crust-punk/Hardcore militant et vindicatif qui ne laissera personne sur le carreau. 


Cet album s’ouvre sur l’éponyme The Horse and Sparrow Theory, ses riffs hardcore et sa batterie galopante qui donne d’emblée l’ambiance crust-punk. Cette chanson, critique de notre mode de vie délétère, multiplie les voix ce qui lui donne son grain revendicatif tout en accentuant la dimension communautaire du désastre. Si le mélange de tous les instruments et des voix peut paraître confus à un auditeur distrait, on apprend assez vite à les distinguer grâce à un mixage HxC qui est réalisé avec brio. Les ponts aigus de guitare permettent aussi de repérer les différentes tonalités des instruments puisque leurs mélodies viennent transpercer la poix que le groupe instaure habituellement. Ils ajoutent par ailleurs un côté plus léger aux riffs Punk, ce qui plaira à ceux – comme moi – qui reprochent au genre son manque de mélodie.

S’ensuit The Birth of Tragedy et son introduction qui se perd en larsens et fait la part belle aux instruments rythmiques. Si la saturation et la tonalité grave des guitares donnent parfois l’impression d’entendre du Thrash à la Motörhead, on est bien dans un Crust-punk violent – bien que ce deuxième morceau soit plus lent et moins prenant que son prédécesseur. On appréciera cependant d’entendre la voix bien isolée de Jon Lindqvist et son texte qui renvoie à La Naissance de la Tragédie, livre de Friedrich Nietzsche. Les clins d’œil à celui-ci sont d’ailleurs multiples : que ce soit pour la tragédie sociale que le groupe dénonce ou vis-à-vis de la volonté de puissance qui traverse et mobilise l’album. On notera assez cocassement l’usage d’un trémolo picking bien distinct dans ce deuxième morceau, ce qui n’est guère étonnant puisque le Crust-punk a été parmi les grandes influences des pionniers du Black Metal… avec Nietzche. 

De l’ampleur de la tragédie sociale, on passe à une revendication plus distincte avec There’s Blood on the Streets. Loin du tempo médium et du ton déplorant de la deuxième chanson, ce morceau-ci démarre en trombe et alterne les riffs lourds avec les passages aigus, ce qui exacerbe son côté bondissant. Si la piste ne dure que deux minutes, c’est n’est pas un défaut car sa courte durée lui permet de ne pas perdre en intensité et donc de ne pas s’en lasser ; bien au contraire, on la réécoute avec plaisir. 

A contrario, We Fail est de loin le morceau le plus long de l’album avec six minutes au compteur. Non content de sa taille, le morceau dénote aussi par son introduction aux seuls arpèges de guitare – c’est à peine si on entend l’amplificateur grésiller en fond – accompagnés d’un sample de Stephen Cheney, brigadier général à l’institut des affaires intérieures suédois, listant certains des effets géopolitiques du réchauffement climatique : migrations, terrorisme… Guitare, basse et batterie profitent d’une pause de ce colloque pour le soutenir en chœur, créant un monument musical lent et massif qui donne autant la nausée par sa gravité que par la situation désespérante qu’il dénonce

Après Fire Below, morceau qui n’a pas grand-chose de spécial dans cet album, Victims continue sa lutte pour l’environnement avec The Sea and Poison. Puisqu’à la vitesse actuelle il y aura plus de plastique que de poissons dans l’océan d’ici 2050, les Suédois se permettent un titre antithétique puisque l’eau, milieu de la vie par excellence, devient peu à peu un milieu mortifère. Comburant sa violence en à peine 1:43, The Sea and Poison court dans la lignée de l’excellent There’s Blood on the Streets. Cependant, le morceau se permet tout de même un pont musical dont le contraste avec la violence finale permet de finir le morceau en apothéose. 

Cette fin en larsen ouvrira d’ailleurs le bal à Hell is full of good Intentions. Pour un morceau dont le titre provient d’un proverbe biblique, on notera assez ironiquement un passage avec une voix bien grave, à la limite du chant guttural. Si le morceau s’inscrit directement dans la lignée véhémente du Crust-punk du groupe, on regrettera parfois quelques arrangements de guitare en triolets un peu trop simples à mon goût et qui dénotent malheureusement avec le sérieux du morceau. 

Dernier effort de The Horse and Sparrow Theory, The Revenge of our Fathers a un titre qui nous invite plus qu’aucun autre à l’action. L’introduction à la basse sonne particulièrement malsaine et donne le ton d’une chevauchée Hellequin vengeresse. Plus riffé que certains de ses prédécesseurs, le titre se présente comme une marche d’outre-tombe et s’offre pour cela quelques samples de cris d’horreur suraigus. La durée raisonnable du morceau lui permet d’avoir une structure plus complexe qu’à l’accoutumée avec quelques ralentissements et un usage parcimonieux des canons qui viennent soutenir la chanson tout en permettant à la mélodie de respirer. Jusqu’au ralentissement final qui vient nous étouffer en fondant les guitares dans une atmosphère épaisse où les aigus des cymbales et les larsens prennent de plus en plus d’ampleur pour nous laisser sur un acouphène désagréable. 


Car si « désagréable » n’est pas du tout le mot qui correspond à The Horse and Sparrow Theory, cette acouphène nous gène et c’est ce que cherche cet album : déranger. Par tous les moyens possibles, Victims cherche à foutre le bordel – tant dans les rues que dans les modes de vie – et le groupe se sert pour cela d’un Crust-punk efficace que le mixage Hardcore rend accessible même à ceux réticents – et j’en faisais partie ! 


Par Baptiste - 01/10/2019

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