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Interview Triste Terre

Catégories : Interviews
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Paru aux Acteurs de l'Ombre en début d'année, Triste Terre a fait office d'ovni dans la scène française: apparaissant de nulle part, mystérieux et crypté, approchant les cieux du genre ; il n'y avait pas de doute à avoir: cet album avait quelque chose à dire. 
Et pourtant, mêmes les traductions les plus fidèles et les lectures attentives n'y changeront rien, Grand Œuvre garde sans cesse une part occulte. Mais, une fois n'est pas coutume, faisons appel à la tête pensante de ce projet pour y voir plus clair: le chanteur et multi-instrumentaliste Naâl. 


Radio Metal Sound : Deux ans ont passé depuis votre EP Sublimation et Grand Œuvre et l’album paraît très travaillé – que ce soit dans la composition, dans les textes, dans le mixage mais aussi, ce qui est plus rare, dans son esthétique. Comment avez-vous abordé ce projet ambitieux et comment s’est déroulée sa production ?

Triste Terre : A vrai dire lorsque j’ai commencé la composition de Grand Œuvre je ne savais pas encore ce qu’il allait être.  Je devais écrire quelque chose et de là en sont sorties six musiques, j’ai donc décidé d’en faire un album pour Triste Terre. Il y a une différence fondamentale entre mes EPs et Grand Œuvre : C’est la découverte de la musique dite « classique ». Bien entendu comme tout le monde je connaissais des œuvres de Mozart ou de Beethoven ; sauf que j’ai appris à comprendre leur langage et celui de bien d’autres compositeurs. Comprendre, mais aussi me l’approprier puisque j’ai intégré la classe d’écriture et de composition dans un conservatoire. De plus mes études mon porté vers le jazz. C’est tout ces éléments qui font que Triste Terre au travers de Grand Œuvre à suivi un chemin fondamentalement différent des EPs. Pour ce qui est des textes j’ai découvert l’alchimie et l’hermétisme grâce aux Etudes Transcendantale de Liszt. J’ai creusé mon chemin à travers cette philosophie nouvelle pour moi et me suis initié à ces dogmes. Je souhaitais à travers cet album initier l’auditeur à cette philosophie et aussi à une écriture musicale peu fréquente dans le milieu extrême. Pour ce qui est de la production de l’album je voulais qu’elle soit professionnelle, je souhaitais que rien ne puisse entraver l’écoute de cet album et que l’auditeur ne soit pas gêné par un son de mauvaise qualité qui desservirait la composition.  

Radio Metal Sound : Le Black Metal a toujours eu une tendance occulte mais tu es à ma connaissance le premier à avoir à ce point poussé l’étude de l’alchimie (références aux Tables d’Emeraude, V.I.T.R.I.O.L. sur le CD…). Qu’est-ce qui motive cela ?

Triste Terre : L’alchimie est une thématique qui me fascine, on peut y voir un courant philosophique et religieux comme on le retrouve avec les notions du satanisme extrêmement présent dans le Black Metal aujourd’hui. L’alchimiste est un philosophe qui travaille sur une matière première pour effectuer sur lui un travail interne ; c’est ce que j’effectue, ma matière première étant le langage musical. C’est cet aspect là qui m’a motivé à introduire le sujet au sein de la musique. Il y a aussi la volonté d’effectuer un travail sérieux, de recherche et de ne rien laisser au hasard. Les symboles utilisés et les noms des chansons ne sont pas là pour faire joli. Il y a aussi en l’Alchimie une essence religieuse qui à mes yeux sublime la musique.

RMS : Ces mêmes références à l’alchimie, à la Somme théologique de Thomas d’Aquin, à l’Ancien Testament font tout le charme de ton écriture mais rendent l’album quelque peu hermétique. Comment te places-tu vis-à-vis de cet hermétisme ?

TT : L’album est totalement hermétique, au sens où les paroles traitent de ce sujet, mais aussi où l’écriture musicale l’est. Dans une chose hermétique il y a une notion de dépassement avec à la clef une récompense. Dans ce monde où tout est trop facilement accessible, où l’on consomme la musique sans vraiment la comprendre je souhaitais faire une œuvre qui instaurerait une barrière. Je souhaitais sortir l’auditeur de sa zone de confort.    

RMS : Si lien avec l’alchimie est plutôt clair dans Œuvre au noir, Corps glorieux ou même Nobles luminaires dans le lien avec le Soleil, Lueur émérite se distingue puisque le morceau ne renvoie pas à une notion alchimique mais plutôt sur la connaissance de l’Atlante Thoth. Quelle place donnes-tu à ce morceau ?

TT : Pour être plus clair on pourrait découper l’album en trois morceaux : corruption, transcendance et sublimation. L’Œuvre au Noir et le Corps glorieux pourraient représenter l’aspect initiatique, on passe de l’état de profane à celui d’initié, d’abord musicalement puisque c’est l’ouverture de l’album, l’entrée dans l’univers et ensuite spirituellement parce que notre mort est une nouvelle base de terreaux fertile. S’en suit donc Nobles Luminaires et Grand Architecte qui sont ceux qui éclairent notre être ; et qui part leur apprentissage nous emmènent vers la connaissance. Thot l’Atlante était celui qui a égalé Dieu dans sa connaissance, il est en quelque sorte le but à atteindre. « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux » c’est ce qu’a effectué Thot. Ce morceau est à la fois une référence aux tablettes de Thot, mais aussi un avertissement. Ce morceau est donc d’une importance capitale puisqu’il illustre de manière sommaire le bout du chemin de l’alchimiste.

RMS : Pourrait-on interpréter cette transcendance spirituelle que tu proposes dans Grand Œuvre comme un genre d’œuvre au noir musicale ? Et quelle volonté souhaites-tu faire parvenir à travers cet album ?

TT : Je ne pense pas, cet album est à mes yeux une sorte de synthèse, un guide sur ce qui sera. Ce n’est qu’un commencement, je ne peux pas en un seul album résumer tout le chemin alchimique. C’est plutôt pour le moment un guide vers cette transcendance spirituelle. Je compte par la suite détailler les notions alchimiques de manière plus précise.

RMS : Grand Œuvre nous laisse sur une quête inachevée, un secret découvert mais qui ne nous est pas révélé. Pourquoi ce choix de voiler un secret que tu as méticuleusement cherché pendant tout l’album ?

TT : Comme dit en haut parce que Grand Œuvre n’est qu’une synthèse ; pour détailler un peu plus je compte sortir d’autres albums sur une thématique entière, il y a de grande chance que le prochain album se nomme «  Œuvre au Noir » et traite en profondeur du sujet. Avec pour but de « dévoiler » le secret lorsque je l’aurai moi-même trouvé. Je ne l’ai pas encore trouvé, ce serait trop facile. Et encore une fois le côté hermétique, de ma musique et de l’alchimie, est là pour faire en sorte que seulement ceux qui se surpassent aient accès à ce secret. 
D’autre part, il y a un serment qui me lie au secret. Tribut Solennel explique bien ce qu’il advient au porteur du secret de le révéler de manière directe. Je me contente de donner des notions et de guider l’auditeur vers une solution à la découverte de ce secret.

RMS : Grand Œuvre est votre première sortie majeure, vous avez signé chez Les Acteurs de l’Ombre et les chroniques semblent être unanimes pour applaudir l’album. Comment avez-vous appréhendé ce changement d’échelle et quels projets avez-vous en tête pour la suite ?

TT : Je m’attendais à ce changement d’échelle, puisque je me suis donné les moyens de le réaliser. De la à signer avec un gros label par contre je ne m’y attendais pas. Je ne souhaite juste pas que le changement d’échelle ait une influence sur ma création. Sans parler des concerts qui commencent à se dessiner doucement, je continuerai de suivre la ligne de Grand Œuvre. Je compte poursuivre ma recherche du langage musical, le prochain Triste Terre sera notamment influencé par l’écriture modale des compositeurs Français du XXème siècle (Lili Boulanger ou encore Frank Martin). Je compte aussi aborder d’autres thématiques alchimiques au travers d’EPs ou de splits, et sans doute développer la question de l’homonculus au travers d’un autre esthétisme.

Merci. 


Un grand merci à Naâl pour nous avoir prêté de son temps et de ses idées afin de déchiffrer les nombreux codes et messages que cachent son oeuvre. Si vous appréciez le travail bien fait et bien pensé, n'hésitez surtout pas à jeter un œil à son travail sur Facebook ou bien à le soutenir directement sur Bandcamp car - croyez-moi - l'album physique a un vrai grain et porte sans aucun doute une charge symbolique lourde. 


Par Baptiste - 30/05/2019

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