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Deadly Carnage - Through The Void, Above The Suns

Catégories : Chroniques
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On ne s’attend pas forcément à trouver du Black Metal en Italie, et peut-être encore moins à Rimini. En effet, la capitale des boîtes de nuit et des promenades balnéaires ne semble pas laisser beaucoup de place à ses âmes en peine. Mais à travers les faisceaux des discothèques, les yeux de Deadly Carnage trouvent dans le ciel une inspiration pour un Black/Doom puissant et émotif. Through the Void, Above the Suns nous embarque donc pour son voyage, non en Italie mais vers les espaces infinis de l’univers.


Tout commence avec l’infiniment petit, la plus petite unité existant : le Quantum. Notre voyage commence à l’échelle la plus infime avec des chants grégoriens et des plages ambiantes annonçant le mystère irrésolu de la création.  

Mais les quanta n’ont de sens que s’ils s’unissent pour former la matière. Ce matériau informe, indistinct, traverse tout Matter. Les temps sont longs, les guitares sont lourdes et la musique va en s’aggravant comme on l’attendrait d’une matière grossissant sous sa gravité. Le morceau peut paraître chaotique mais la batterie garde sa fonction de métronome et accompagne bien les temps forts tout en comblant les potentielles lenteurs avec des breaks créatifs. Enfin, le chant d’Alexios Ciancio donne toute sa puissance au morceau en se situant entre le chant hurlé et le chant guttural. 

La matière ayant elle-même pris forme, elle peut enfin composer le monde. C’est la Hylé, la matière qui compose les êtres. Après une introduction, on découvre un passage aux relents Deathcore avec ses guitares distordues qui s’ouvre sur un crescendo plus lumineux qui s’achève en apothéose par un passage au chant clair. Les guitares se mêlent alors aux voix en gardant une belle harmonie entre les deux parties mélodiques. La musique est grandiose tout en restant atmosphérique et créatrice, on peut alors constater le talent indéniable de Deadly Carnage

 Changeons d’échelle avec le morceau suivant : Cosmi. Si le pluriel n’est pas sans nous rappeler la théorie des multivers, ce morceau instrumental nous évoque les grands espaces du ciel par une atmosphère planante. Les guitares y sont plus graves qu’auparavant et la basse est mise en avant comme seconde ligne mélodique, créant ainsi une impression de flottement dans l’immensité alors que les accents détonants explosent le calme régnant, nous rappelant les forces incommensurables qui se jouent autour de nous. 

Nous sortons de ce passage instrumental avec Lumis. Porteuse d’information et éclaireuse de l’obscurité cosmique, la lumière est mise en avant par un morceau plus rapide, des guitares plus aigues et des rythmes appuyés de double-pédale. Si la première moitié du morceau reste cependant dans une ambiance Doom, la seconde moitié est bien plus explosive avec un passage de blastbeats et de trémolo picking qui est sans aucun doute le moment le plus Black de tout l’album. Mais si la lumière est bien la force la plus virulente de l’univers, elle n’en est pas moins principe de vie et de compréhension du cosmos comme le suscite la fin du morceau avec une période plus harmonieuse aux guitares distinctes et au chant clair.  

L’album reprend sa dimension habituelle avec Ifene et ses riffs Doom. Seul morceau en italien du disque, celui-ci a aussi la spécificité d’avoir un clip qui retrace la formation de l’univers, des nuages de gaz aux objets célestes en passant par les énergies qui les traversent. En évoquant les morceaux d’espace-temps gelés, le groupe nous invite à admirer le cosmos et à entrer en harmonie avec lui, ce qu’évoquent les mélodies qui entrent en résonnance et les paroles contemplatives. 

Cette harmonie avec l’univers se trouve dans sa géométrie, dans les lois qui règlent son fonctionnement en un équilibre subtil. Cette subtilité se retrouve avec Fractals et son ouverture légère, planante, aux guitares presque shoegaze que parsèment quelques notes scintillantes de clavier. Deuxième morceau instrumental de l’album, on appréciera particulièrement le jeu brillant de Marco Ceccarelli qui accompagne cette atmosphère de quelques percussions légères et de rudiments sur les futs de ses toms avant que le morceau ne se taise définitivement, ne laissant plus qu’un son planant digne d’une série de science-fiction. 

On arrive alors sur la dernière partie de notre voyage avec le déchirement de ce qui a été précédemment créé. C’est ce qu’évoque Divide avec son son plus Black et ses blastbeats qui viennent trancher les guitares saturées. Si la voix reste claire et feutrée, on n’est plus dans la contemplation mais dans la partie négative de l’album évoquant l’inévitable déchirure de l’univers. 

Le décès est acté avec le dernier morceau, Entropia. Avec son élargissement, l’univers dilue sans cesse son énergie pour arriver à un stade tel qu’aucune énergie se concentre : l’univers devient absolument froid et vide, plus rien ne s’y forme et il s’assombrit définitivement. Cette agonie se retrouve dès l’ouverture du morceau avec des sons lourds et dissonants accompagnés de caisse claire. On retrouve le chant puissant de Ciancio et toute la puissance d’un Doom bien réalisé qui sait insuffler son énergie sans jamais perdre en mélodie ou en créativité. On retrouve aussi le côté atmosphérique du groupe avec les plages ambiantes et la voix claire mais celui-ci est mis en retrait pour ce dernier morceau torturé mais grandiose qui se finit sur un souffle – qu’il soit un dernier souffle ou bien le premier souffle vital. 


Through the Void, Above the Suns est donc une belle invitation au voyage qui allie avec brio la puissance et l’ambiance, le Doom et le Post-Black tout en puisant dans des inspirations diverses. Chaque instrument est mis en avant grâce à un mixage équilibré et une composition raffinée aussi subtile que l’harmonie de l’univers à laquelle elle rend hommage.

Par Baptiste - 02/04/2019

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