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Wallachia - Monumental Heresy

Catégories : Chroniques
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Projetons-nous dans le temps et retournons dans une époque qu’aucun d’entre nous n’a vécue. C’est l’appel que nous lancent les Norvégiens de Wallachia avec leur dernier album Monumental Heresy. Car si le titre de l’album pourrait nos renvoyer aux poncifs du Black Metal, nous ne sommes pas en présence d’un Black classique mais bien plutôt d’un Black païen et médiéval comme nous le rappelle la pochette aux aspects de gravure. Long de cinquante minutes, l’album se présente comme une épopée symphonique à travers les mythes et les folklores transylvaniens. 


La première cavalcade est Heathen Shores et s’ouvre par des timbales, une marche à la caisse claire et des chants masculins qui évoquent une esthétique guerrière symptomatique de l’époque médiévale. Mais comme toute histoire digne de ce nom se doit d’imposer son atmosphère, elle sera d’abord narrée par un piano mélancolique puis par des synthétiseurs qui viendront napper cette introduction d’une aura mystique. 
La première percée sera à la première minute avec la guitare soliste qui reprendra le thème, suivie de la guitare rythmique qui viendra assurer la puissance de l’ensemble. Nous voilà lancés et on remarque dès lors le côté prenant de l’album qui nous suivra jusqu’à la dernière minute de celui-ci. Tout au long du morceau, l’ambiance épique sera constamment relancée par la double pédale en levée du riff qui lui permet de rebondir sans s’essouffler. Le cœur de l’histoire sera ensuite chanté par un chant guttural ténor appuyé à chaque début de phrase par un chant grave puis par un chœur masculin renforçant l’univers martial et nordique du groupe. 

Le deuxième mouvement, So We Walk Alone est d’emblée plus violent. Il s’ouvre sur des blastbeats et du trémolo picking effréné pour nous faire entrer dans la partie hérétique de l’album puisque le morceau n’est rien d’autre qu’une invitation à se détourner des religions pour assumer son individualité. Nous ne sommes donc pas dans un satanisme anticosmique comme le voudrait la scène norvégienne mais dans une philosophie du détachement au profit de la réalité, ce qu’évoque le mot sanskrit « satya » issu de la philosophie orientale.  
Sur le plan musical, on retrouve les éléments symphoniques du groupe ainsi que des arpèges de guitare à la quatrième minute qui vont cesser pour arriver sur un passage plus lourd et déterminé, appuyé par des coups fermes sur les temps forts. Enfin, ce chapitre se clôt par un passage au violon qui se veut apaisant et léger comme le serait un hymne à la liberté personnelle. 

Nous quittons ensuite le champ de bataille pour nous tourner vers les terres arables et habitées du Nord. The Prophets of Our Time est un morceau qui encense les créateurs, musiciens et poètes, comme les démiurges des temps nouveaux, là où les miracles ont cessé. Wallachia nous enjoint alors à faire perdurer l’héritage de nos ancêtres. Cette idée semble se rapporter à la démarche même du groupe puisque celui-ci s’inspire des mythes roumains et nordiques pour ses chansons. Outre l’héritage folklorique, le groupe est aussi légataire de l’influence musicale de Windir, auquel Monumental Heresy est dédié. 

Seul le quatrième morceau, Silenced No Longer, ne semble pas s’y prêter, y préférant un style marqué par le Thrash/Death puisqu’on y entend une voix plus grave et sombre ainsi qu’un solo de shred. Les méfaits de la foi y sont alors exposés : véritable torture institutionnalisée, elle est dénoncée et Wallachia oppose les sciences et la raison à la folie aliénante de la spiritualité.  

Le morceau suivant s’ouvrira par un piano classique soutenu aux premiers temps par la guitare. Si l’on retrouve des guitares saturées et médium, on ne peut que s’étonner de la présence d’une voix féminine sur un tel album. Cette voix nous rappelle au tragique de l’existence et à un passé conjugal révolu qu’on ne souhaite ni oublier ni renier mais qui nous poursuit et nous hante dès que notre esprit se perd. The Parallel Fate of Dreams est donc un morceau onirique dans un disque païen et guerrier, d’où le remplacement du chant black par une voix féminine puissante disposant d’une vaste tessiture. C’est aussi dans ce morceau qu’on peut le mieux explorer la dimension symphonique du groupe grâce aux violons et aux altos qui transmettent cette sensation de regret flottante mais teintée de joie, cette mélancolie irisée. 

Nous sortons brutalement de notre rêverie avec Beasts of the Earth où l’on retrouve la thématique païenne de l’hérésie et de la démystification. Le morceau est là encore un titre épique aux riffs entrainants et impulsifs, le tout nimbé de synthétiseurs qui viennent adoucir le trémolo picking en le rendant plus mélodique. Directement inspiré des trois bêtes de l’apocalypse, le titre nous renvoie à l’esthétique de l’album : une église brûlée avec un cimetière en fond - le monde démis de sa spiritualité envahissante pour laisser place aux animaux humains. 

Cette lutte contre la spiritualité semble trouver sa source dans l’histoire de notre héros puisque son enfance et le début de son épopée nous sont racontés dans Returned Favor of Abandonment. On nous y présente un enfant miséreux sans rien ni personne vers qui se tourner. Cet enfant, esseulé, fera l’expérience du vide céleste, de l’absence d’un Dieu pour l’aider. Le narrateur en vient à expliquer qu’il est cet enfant, d’où cet antithéisme revendiqué et cette mélancolie toujours présente comme nous le rappellent par ailleurs les tourbillons célestes de la pochette nous renvoyant aux toiles de Van Gogh. 

Enfin, notre conte finit par Untruthology Abolished où après avoir lutté contre tellement de croyances, le narrateur nous place face à notre propre finitude et proclame l’absence de tout salut. Il n’y a donc pas de spiritualité à avoir, ni paradis ni enfer, juste un monde dans lequel nous vivons qu’il s’agit de rendre meilleur. Les blastbeats et les guitares vont donc laisser les dernières phrases au piano et aux percussions, nous rappelant autant à l’introduction de l’album qu’à la dimension sentimentale puissante qu’il développe tout du long. 


Wallachia nous transmet donc un album puissant et revendicatif contre les différentes fois et spiritualités qui gangrènent notre monde. La lutte contre celles-ci va passer par la revendication d’un folklore nordique et d’un héritage païen en opposition avec les dogmes anciens comme nouveaux. Le message sera transporté par des riffs épiques très entrainants appuyés par des orchestrations riches et réalisées par de vrais instruments, ce qui rajoute de la puissance à cet édifice déjà imposant. Chaque passage de l’album atteint son but et les parties symphoniques ne sont jamais banales ou téléphonées, ce qui ne saurait être assez loué à l’ère de la composition numérique. Et même si l’album n’apporte rien dans sa composition musicale, il reste écrit d’une main de maître et je ne saurais que vous le conseiller si vous aimez les titres épiques et empoignants.

Par Baptiste - 25/01/2019

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