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Interview Art Against Agony

Catégories : Interviews
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Avec son album Shiva Appreciation Society qui a été une de mes révélations de 2018 dans le Metal progressif, les membres d'Art Against Agony ont eu la gentillesse de répondre à quelques questions et y ont longuement développé leur univers et leurs secrets.


Radio Metal Sound : Chaque chanson suit-elle un modèle précis ou êtes-vous complètement libre d’y incorporer ce que vous souhaitez ? 
Art Against Agony : Les deux… Certaines chansons trouvent leur origine dans un message précis que nous voulons transmettre (Write a Word : THC) et nous nous restreignons alors dans nos outils de composition alors que d’autres chansons proviennent juste d’une petite idée, d’un riff, d’une mélodie, d’un rythme, d’un arpège au piano et grossissent en toute liberté. 

Radio Metal Sound : Vos chansons ont des structures musicales très complexes, comment arrivez-vous à tout unir en tant que groupe ? 
Art Against Agony : Nos structures complexes proviennent de notre manière de composer. Nous nous rencontrons une à deux fois par semaine dans notre studio d’enregistrement et nous y enregistrons quelques motifs. Pour tout cela nous utilisons des instruments numériques car ils sont plus faciles à moduler. Après une session d’enregistrement, les résultats sont mis en lignes sur un cloud et tous les membres peuvent y avoir accès. Aux sessions suivantes, nous discutons alors du résultat et nous les faisons progresser en les modifiant, en leur donnant une suite… Ce processus prend souvent des mois voire des années car les chansons sont toujours dans le cloud et sont constamment revues. Il arrive parfois qu’une chanson débute par un riff de guitare mais qu’après plusieurs sessions d’enregistrement nous décidions que ce serait plutôt un morceau d’EDM, nous supprimons alors toutes les parties de guitare et les remplaçons par des synthétiseurs. D’autres commencent par un passage léger au piano mais que nous y rajoutions peu à peu des percussions et que le piano se transforme en un riff Djent à la rythmique lourde. Tout peut arriver ! Et plus le temps et les sessions d’enregistrement passent, plus la structure devient complexe. 
Et bien sûr, tous les membres du groupe apportent leurs idées et tous les choix sont respectés. Par exemple, le batteur peut essayer de nouveaux rythmes et le guitariste va alors décider de réenregistrer toutes les guitares afin qu’elles collent avec les nouveaux rythmes. 
Par conséquent, les chansons finales sont souvent très différentes de leurs prémisses. Et elles sont toujours plus complexes car nous y ajoutons plus de couleurs, plus d’odeurs, plus d’harmonie et de rythme ce qui leur donne un aspect kaléidoscopique. Elles peuvent être déroutantes à la première écoute mais on y trouve une nouveauté à chaque écoute, et ce même pour nous. 

RMS : Comment gardez-vous une cohérence musicale entre toutes ces influences ? 
AAA : Pour être honnête, on s’en fout de la cohérence. Nous gardons des passages car ils sont cools et nous en jetons d’autres s’ils sont mauvais. Nous ne croyons pas vraiment aux genres musicaux : y a pas de Metal ou de Jazz, il n’y a que de la musique car la musique est en perpétuelle évolution. Un jazzman des années soixante ne reconnaîtrait pas le jazz d’aujourd’hui car c’est devenu quelque chose de complètement différent. De même pour le Metal, le Metal est encore très jeune, il n’existait pas il y a quelques années. Nous ne voyons donc pas d’intérêt à parler de genres et ne nous posons donc pas la question de la cohérence. 
 
RMS : Pourquoi est-ce que Shiva Appreciation Society est divisé en deux parties (8 chansons – Interlude – 8 chansons) ? Est-ce un choix pour le concept de l’album où n’est-ce qu’une création musicale ? 
AAA : Tous nos albums sont des albums-concepts qui se divisent en plusieurs parties. Mais pour Shiva Appreciation Society, c’était aussi un choix musical afin de garder un équilibre entre les chansons lourdes et les chansons légères, nous avons donc pris le modèle du sablier : un début imposant qui s’adoucit ensuite pour s’alourdir sur sa fin. 

RMS : Pensez-vous qu’il y ait un lien entre la philosophie idéaliste et le Metal progressif ou est-ce que cette fusion n’est qu’un choix esthétique ? 
AAA : Nous ne pensons pas qu’il y ait un quelconque lien entre la philosophie idéaliste et le Metal progressif car la musique progressive peut représenter toutes les philosophies, pas seulement les concepts idéalistes.  
Cependant, nous jouons dans un registre progressif car ce style est souvent apprécié de ceux qui sont ouverts aux idées progressistes. Nous pourrions jouer de la Pop ou du Metal mainstream (Ghost, Slipknot…) et garder nos masques mais notre philosophie ne toucherait personne parce que les gens s’en foutraient ou ne comprendraient pas. 

RMS : La philosophie idéaliste mise à part, quelles sont vos principales influences pour le cœur de votre projet ? 
AAA : Sur le plan philosophique, nous mixons l’idéalisme ontologique de Platon avec le réalisme épistémologique de Nietzsche : nous sommes des idéalistes mais nous sommes aussi conscients que nous faisons partie d’une industrie qui se fout de l’idéalisme. Nous avons donc décidé de lutter contre ça et de baiser cette industrie où il n’y a pas de règles, où tous luttent entre eux et où ne comptent que l’argent et les contacts pour avoir les meilleures tournées, le meilleur marketing, le plus de fans et par conséquent le plus d’argent. Bien sûr la qualité de la musique a un rôle énorme mais cela mis à part, tous les groupes sont en concurrence pour avoir de la visibilité et de l’argent. Nous mettons donc parfois notre idéalisme à part et si nous voulons avoir l’attention de quelques personnes il nous faut faire quelques compromis. 
Nous croyons vraiment que nos visages, nos corps et nos noms n’ont aucune importance, c’est pourquoi nous portons des masques et restons anonymes. Mais nous avons aussi choisi de placer notre bassiste nue dans un tonneau et de la faire sortir d’eaux noires à la fin du clip de Nandi, c’est tout ce que notre philosophie rejette mais le sexe attire – et en effet beaucoup de personnes et d’hommes nous ont demandé qui était cette femme à la fin de la vidéo et nous pensons qu’une part énorme de nos vues sur YouTube proviennent de notre belle bassiste et de ses seins. Hail Nietzsche ! 

RMS : Pensez-vous que votre musique réussit à transmettre votre message ? 
AAA : En plus de notre volonté d’anonymat, nous pensons aussi que notre musique ne provient pas de nous. Nous ne sommes pas des auteurs, nous sommes que des passeurs. Il nous faut prendre conscience qu’aucune variante du son, aucun accent, ne provient de nous mais qu’en réalité toute musique existe déjà dans l’univers – elle n’a juste pas été encore jouée. En 2017, nous avons sorti un EP nommé The Forgotten Story qui est composé de cinq chansons de notre premier album Three Short Stories, nous pouvons alors voir comment les chansons se sont développées avec le temps et avec les concerts. On retrouve là encore notre idéalisme car pour nous ces chansons sont les mêmes, bien qu’elles aient bien changé entre 2014 et 2017. Les idées sont toujours les mêmes malgré le changement, et bien sûr ces idées ne nous appartiennent pas, nous les avons juste transmises à travers nos corps. Mais une fois de plus, Nietzsche revient : vous n’êtes pas obligés d’être en accord avec notre philosophie ! Si vous l’appréciez, achetez-la, nous serions très contents d’avoir un peu d’argent de votre part pour continuer de faire de la musique. 

RMS : Ne pensez-vous pas que la lutte contre l’agonie est en quelque sorte rattachée à la question de la corporéité puisque c’est par le corps que nous ressentons le plaisir et la souffrance ? Dès lors, pourquoi dissimulez-vous cette relation au corps en concert ? 
AAA : Oui, bien sûr. Nous ressentons du plaisir et de la souffrance et nous voulons sans cesse nous épanouir. Nous sommes des animaux, c’est la vie. Et toute vie cherche à dupliquer ses cellules, à grandir, grandir, grandir… La vie grandit grâce à une dynamique de production et de décomposition.
Notre animalité ne peut pas s’empêcher de produire, de consommer, de déféquer, c’est notre corps, l’enveloppe dans laquelle nous vivons. Cependant, c’est cette même enveloppe qui nous empêche de trouver la sérénité. C’est nos corps qui nous font faire la guerre, qui causent la cupidité, qui en demandent toujours plus sans jamais être satisfaits.  
Les corps sont importants quand il s’agit de ressentir, de grandir… Mais notre philosophie est contre cela ce sont les idées qui comptent. Les corps ne sont que des coquilles qui grandissent, vieillissent, souffrent et meurent alors que les idées sont éternelles. C’est donc elles qui comptent, pas le plaisir ou la souffrance. 

RMS : Êtes-vous tous idéalistes ? Si non, comment recevez-vous ce message individuellement ? 
AAA : Nous ne sommes pas tous idéalistes non. Mais même un idéaliste farouche ne peut pas croire qu’il peut tout jouer seul sur scène. Il faut donc accepter que les autres musiciens ne soient pas des idéalistes afin de pouvoir créer, faire des tournées et gagner un peu d’argent. Nous faisons partie du système, nous devons nous aussi grandir, consommer, gagner notre vie… C’est pourquoi peu importe que nous soyons tous idéalistes tant que c’est le cœur du groupe ; tant que nous restons tous anonymes et que nous portons un masque sur scène peu importe. Nietzsche est de retour – célébrons l’idéalisme de manière réaliste. 

RMS : Qu’espérer pour le futur d’Art Against Agony
AAA : Nous allons continuer de faire de la musique, des films et de l’art toutes catégories. Nous espérons qu’un maximum de personne remarque les idées derrière la musique car c’est tout ce qui compte. Nous pouvons aussi compter sur l’engagement personnel de nos fans grâce au Patreon que nous avons créé l’année dernière. Et comme nous savons tous que l’industrie musicale coule avec l’apogée du streaming, les fans pourront ainsi nous aider et ainsi recevoir tout le merchandising à venir. Nous avons des expériences fantastiques grâce à Patreon en 2018 et pour 2019 nous espérons sortir notre nouvel album, un nouveau clip vidéo et bien d’autres choses qui pourraient bien vous surprendre


Et voilà pour cette magnifique interview grâce à laquelle nous avons pu découvrir en profondeur toutes les idées d'Art Against Agony et leurs musique. En plus de leur Patreon, je vous invite aussi à aller les soutenir sur tous les réseaux sociaux possibles: leur chaîne YouTube où paraissent leurs clips, sur leur site où vous découvrirez aussi leurs talents de photographes et de réalisateurs et évidemment sur Bandcamp pour acheter leur merchandising et leurs CDs ainsi que sur Facebook afin de vous tenir au courant de leur actualité

Par Baptiste - 16/01/2019

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