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Hécate - Une Voix venue d'Ailleurs - Chroniques

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Ville de Ronsard, Bonnefoy et de Descartes, Tours n’a pas fini d’exposer sa richesse littéraire au monde et son représentant dans notre chronique sera Hécate, groupe de black metal qui a récemment sorti son album Une Voix venue d’Ailleurs

Le nom même du groupe indique déjà toute la culture classique qui l’inspire : fille du titan Persès, déesse de l’ombre et conductrice des morts, il n’est nul doute qu’aucune divinité du panthéon grec ne donnerait mieux son nom à un tel groupe. La pochette dudit album la met justement en avant : on y retrouve les motifs de la Lune et de la nuit, un serpent, une tiare et un flambeau qui sont les attributs symboliques des représentations d’Hécate. Et avec cette silhouette, on remarque dès lors toute la dualité de cette déesse, une lumière semble émaner d’elle alors qu’en arrière-plan semble se profiler le trou béant d’une spirale vicieuse derrière une torche qui n’éclaire pas.

La pochette se veut initiatrice d’un grand axe de l’album à savoir la question religieuse. Le premier morceau s’en fait exemple avec son titre : Silentium Dei – le silence de Dieu. Cette question est récurrente pour un croyant en proie au doute : si Dieu existe, pourquoi ne se manifeste-t-il pas ? Cette absence de manifestation surnaturelle est justement ce qui débute l’album : bruits d’oiseaux, chants tibétains, rien ne se démarque et tout laisse à croire que la béatitude est de mise. Cependant, cette période de douce quiétude entamée par une guitare légère est brisée pour laisser place à une crise que marquent les guitares saturées et la batterie entamant un rythme à la double-pédale que des coups acérés de cymbale china viennent soutenir. Les paroles de la chanson montrent aussi la scission dans l’âme : on passe de la piété, amour céleste et spirituel à un amour terrestre que symbolise la Sylphide, divinité païenne dont la beauté est source d’amour charnel. Alors que l’album commence à peine, nous pouvons déjà remarquer le travail de structure dans le morceau : tout s’enchaine très bien malgré une grande variété de riffs, les thèmes lyriques sont repris sans être répétitifs et la batterie assure parfaitement le champ rythmique en changeant régulièrement de patterns. Nous pouvons aussi déjà remarquer tout le travail d’écriture du groupe : il y a de nombreuses références classiques, le thème de l’amour terrestre faisant chanceler l’amour céleste est un classique de la poésie depuis Lamartine et le texte regorge de figures de style cohérentes et riches indiquant la littérarité de l’auteur.
La chanson suivante aborde aussi la thématique religieuse mais d’un angle différent cette fois. On a ici affaire au Consolamentum, soit le baptême des mourants - forme d’extrême-onction purificatrice permettant une rédemption spirituelle et un accès à l’au-delà chez les Cathares. La composition montre par sa cohérence syntaxique que le groupe est une union créatrice bien plus qu’une somme d’identités individuelles. Le troisième temps d’une mesure est d’abord accentué par un coup de cloche, puis lors du pattern rythmique par un coup de caisse-claire et enfin par une note de guitare plus appuyée que les autres ; les différents instrumentistes se joignent pour créer un morceau d’une très grande finesse. Quant aux paroles, elles suggèrent la libération du corps par la mort pour que l’âme atteigne un monde surnaturel. Elles allient le théisme grec avec le christianisme classique ainsi que le catharisme pour nous amener aux nues. Mais après le zénith vient le nadir et nous redescendons ensuite des limbes célestes à la lourdeur terrestre comme le montre le chant guttural qui se fait de plus en plus grave et pesant. 
Dernier tableau d’un tryptique dépeignant l’avilissement, le troisième titre Hérault aux Balafres n’est plus divin du tout. Il développe aux contraire une esthétique douloureuse et effroyable sous l’égide de la poésie, seul rempart encore debout face au deuil amoureux, face à l’absence de l’être aimé.  
La chanson suivante est elle-aussi teintée de poésie puisque c’est une reprise du poème de Baudelaire Charogne. C’est là le seul bémol que j’apporterai à cet album : bien que le texte soit excellent et que la composition musicale soit très bonne, ce poème est tellement vu qu’il en devient redondant, il perd son etrangeté qui faisait son charme. 
Nous retombons avec le morceau suivant dans le thème religieux – ou plutôt antireligieux.  L’introduction mélancolique laisse place à une levée de batterie puis à un black pêchu réalisé avec brio. La structure du morceau est toujours très bonne et le travail technique des musiciens est remarquable. Par ce morceau Nous Enfants de Personne, Hécate crache sa hargne envers le ciel. Il n’est plus question de douter de l’existence de Dieu mais de la nier. Le ciel est vide, nous n’avons plus à nous tourner vers les nuées à la recherche d’une origine. 
Le morceau suivant, La Prunelle des Eveillés, est pour moi le joyau de cet album. Le thème du morceau est d’abord donné au piano et sera repris régulièrement par les autres musiciens. Les paroles sont très travaillées avec notamment un passage en latin (« Dieu, tu te caches vraiment - | Dieu du ciel, Dieu des astres – | Dans toute chose. Et en secret je te vois | De l’éternité jusqu’aux cieux ») et à 4:40, le pont musical au piano est soutenu par la batterie pour laisser place à des riffs efficaces et aux hurlements déchirants du vocaliste qui montre par là même sa maîtrise du chant guttural en le poussant dans ses limites aigües. Les cris sont porteur d’une émotion intense et ce moment est l’apogée du morceau, extrêmement efficace, rappelant les meilleurs morceaux de Windir.
Le dernier morceau de ce bel album est Le Bruit du Temps. Nous avons là encore un excellent morceau pour clôturer un album dont il faut souligner l’excellent mixage : malgré les différents sons de guitare, aucun ne prend trop le pas sur les autres et les passages lyriques ne sont pas sursaturés bien que le son recherché soit résolument black. 

Cet album d’Hécate se présente donc comme un chef-d’œuvre qu’il ne faut pas négliger. Tous les éléments y sont réunis pour avoir un album d’exception et cela ne rate pas. Tout y est travaillé, que ce soit les paroles, les structures musicales ou le travail symbolique de la pochette. Sur le plan musical, les membres du groupe maîtrisent assurément leur instrument et nous le montrent par des riffs efficaces et diversifiés, une ossature rythmique solide et variée et une grande variété vocale allant du chant guttural sombre et grave aux hurlements suraigus et stridents. Et malgré tout ce brassage et cette diversité, l’album ne se fourvoie pas dans des méandres pesants. Il garde fièrement le cap en étant très puissant et en gardant une cohérence tout au long de ces sept morceaux. C’est donc un album quasi-parfait que nous offre Hécate, à écouter de toute urgence !

Par Baptiste - 10/08/2018
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