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Sphæra - Teratology - Chroniques

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  L’un des choses qui me surprendra toujours dans ce qu’on appelle le « Death Metal Progressif », plus que dans tout autre genre, c’est cette abondance de groupes qui arrivent de nulle part, et qui envoient une musique ambitieuse, brassant des influences si variées qu’elle en est absolument inclassable, de par sa singularité. En l’occurrence, le groupe dont on va parler aujourd’hui ne sort pas de nulle part, mais de chez nous, en Lorraine ! Sphæra fait selon moi parti de cette catégorie de groupes qui n’appartiennent à aucune catégorie, et cela semble se confirmer avec la sortie de leur second EP de 3 titres, Teratology, le 6 Juin dernier.

  Avant même de parler musique, parlons de l’artwork réalisé par Loki Jackal. Oubliez les panoramas cosmiques, les représentations métaphoriques de l’Homme, et autres tendances graphiques qu’on observe actuellement dans le Metal Progressif. On est ici plongé dans un univers qui semble beaucoup influencé par le roman gothique, genre littéraire dont est issus Frankenstein, et autres Dorian Grey. On a cette ambiance à la fois, lugubre, malsaine, onirique, mais en même un côté presque loufoque, dérangé, ou la folie règne en maître. Mais est ce que la musique est raccord avec cet univers, est-ce qu’elle est intéressante ?

  Et bien déjà, parlons riffs. Niveau technique on est sur du gros niveau, sans pour autant tomber dans la surenchère et le démonstratif. Chez Sphæra, la technique sert la musique, et n’est qu’un moyen en vue de créer des choses nouvelles. Tant qu’on est dans les choses nouvelles, le groupe se qualifie de « progressif », mais s’il y a bien une chose de prog chez eux, c’est leur capacité à mélanger les influences pour créer un style ultra hétéroclite. Et ça colle super bien à l’atmosphère de folie ambiante qui se dégage de l’EP, on a l’impression de faire face à une bipolarité permanente. Le tout est très bien amené, les transitions entre les différentes ambiances sont très bien ficelées, ce qui rend l’écoute fluide, et encore plus immersive. Evidemment, on a également quelques changements de signature rythmique, des structures inhabituelles, mais ce n’est pas ce qui fait la quintessence de la musique du groupe, selon moi. Car la folie ambiante de cet EP est instaurée par de nombreux moyens très bien trouvés, qui rendent la musique du groupe très riche, sans que ce dernier ait besoin de montrer toute sa technicité. Faites votre choix : parties de guitare indépendantes l’une de l’autre, riffs utilisant aussi bien des graves ultra groovy que des accords aigus bien dissonants, paternes de batterie à la fois complexes et très divers… Mais surtout, un chant comme on en voit rarement dans le Metal.

  Il est clair que si les guitaristes Yan Binot et Kevin Neiter forment le cœur de la musique du groupe grâce à leurs riffs et leads particulièrement recherchés, le chanteur Vled Tapas apporte vraiment de l’épaisseur et de la personnalité à Sphæra. Pour être clair : de tous les chanteurs de Metal que je connaisse, il est celui qui contribue le plus à la musicalité de son groupe. Et je parle vraiment de musique, pas de prestance scénique ou de performance vocale. Alors évidemment, on reste sur du Death Metal donc on n’échappe pas à l’inévitable growl bien gras. Mais on tombe aussi sur des chœurs assez complexes harmoniquement parlant, sur des chants clairs très puissants, sans aller dans l’abus du « regardez comme je vais super aigu ! », et sur des couplets dont la diction me rappelle beaucoup celle de Serj Tankian, de par son côté barré et loufoque, en décalage avec la violence des riffs derrières. En bref, il y a une véritable recherche sur la place de la voix dans le groupe visant à accentuer les partis pris musicaux que j’ai déjà évoqué. Cela rend l’ensemble très osé, et la musique du groupe n’en devient que plus originale.

  Sphæra, en plus d’être un jeune groupe prometteur, est très ambitieux. Malgré le peu de morceaux contenu dans Teratology, Il y a beaucoup de recherche dans les riffs, dans les structures des titres, dans les ambiances instaurées, dans le chant... Le groupe sort totalement des canons du Death Metal. Même au sein de ce genre sortant du lot qu’est le Death Prog, Sphæra sort lui aussi du lot des groupes de Death Prog. Cela en devient presque réducteur de qualifier le groupe de Death Prog tant il tire ses influences de nombreux autres genres. Et en plus, le groupe est Français, donc il n’y a aucune raison pour ne pas le soutenir !

17/20

Par Pacôme - 22/07/2018
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